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Dee Nasty, le “Zulu King”

  • Photo du rédacteur: Manon Rosi
    Manon Rosi
  • 19 nov. 2023
  • 3 min de lecture

Propager la voix de la Zulu Nation et contribuer à l'ancrage de la culture hip-hop en France, en étant l’un des précurseurs du Rap et Djing, ce portrait est celui de Dee Nasty.


Dee Nasty chez lui à Paris, le 7 juillet 2021. SAMUEL KIRSZENBAUM POUR « LE MONDE »


L’un des pionniers du Hip-hop en France 


Daniel Bigeault, de son vrai nom, baigne dans la musique depuis l’âge de 8 ans. Dès son tout jeune âge, il participe à l'orchestre de l’église de Bagneux. 

À 16 ans, par le biais de son travail de coursier, il trouve des billets d’avion peu chers pour aller aux Etat-Unis. Il part alors en 1977 direction Boston. À son arrivée, sa passion pour la musique l’amène à rechercher des disques. Grâce à cela, il découvre les sonorités afro-américaines notamment le blues, le funk et la soul.

Ce voyage lui fait surtout découvrir la culture hip-hop : il voit des graffs et des breakers dansant sur les break des batteries.

De retour en France, il souhaite reproduire ce qu’il a vu aux États-Unis. Il commence à mixer pour des soirées et émissions radio, où il se forge un nom de DJ. 


Premier disque de rap en France 


En 1984, D.Nasty sort “ Paname City Rappin’”, le premier album de rap français auto-produit.

Dans ce disque, il fait tout : interprète en rap et compose avec des instruments et scratch. Il est l’un des premiers à maîtriser la technique du scratch en France. Il passe par plusieurs d'étapes de création : avec ou sans vocoder, en français et en anglais.

L’album ne connaît pas de grand succès en France contrairement à Londres où il vend la totalité de ces disques déposés chez les disquaires. 

Après cet album, il arrête le rap pour se consacrer exclusivement à l’art du Djing.




Terrain vaque de la Chapelle, lieu de rassemblement hip-hop


En 1986, il repart à New-York pour concourir au championnat New Music Seminar. Ne pouvant pas participer à cause d’un problème d’inscription, il poursuit son voyage en s'immergeant une fois de plus dans ce qui se faisait, en termes de hip-hop, à cette période. Pendant ce temps passé à New-York, un proche de Afrika Bambaataa, Afrika Islam, lui délivre le titre de “Zulu King”.

En revenant de ce voyage, il veut, une fois de plus, faire en France ce qu’il se passe là-bas : c’est le début des free jams une fois par semaine d'août à novembre 1986 au terrain vague de la Chapelle.

Ces free jams, organisés par D.Nasty, sont des moments où se mélangent graffeurs, rappeurs et breakers. Alors qu’il en profite pour passer sur ces platines, les nouveautés venant des États-Unis, des artistes comme Lionel D ou Mc Shooz s'essaient au rap, tandis que Aktuel Force et Paris City Breakers se laisse aller au break. 

Les free jams s’arrêtent suite à une intervention de la police en printemps 1987.


Dee Nasty aux platines lors d’une free jam sur la friche de la Chapelle (Paris) 1986 Enrique.


Première émisson hip-hop en France


La même année que les free jams s'arrêtent, il fait la rencontre de Bernard Zekri, ce qui l'amène par la suite à animer le Deenastyle, de 22h à minuit tous les dimanches soir, sur Radio Nova. 

Cette émission devient, dans les années 90, un moyen pour les rappeurs de se faire connaître. Ils ont un objectif, passer à l’émission de Dee Nasty. A l’époque, ont été de passage Suprême NTM, Assassin ou encore Mc Solaar qui y rap son hit en devenir “Bouge de là”. 

Dans le livre “Hip-Hop 360” de Vincent Piolet, D. Nasty évoque que “l’important dans cette émission est ailleurs : elle diffuse le rap français à un moment où il n’est nulle part.”. 

En 1989, l’émission s’arrête. 


Merci D.Nasty


Dee Nasty c’est 9 albums et le gagnant des trois premières éditions du DMC en France.

C’est aussi un acteur qui transmet son art en formant des Djs comme Dj Abdel, Bob Sinclar et David Guetta.

Il a réalisé des collaborations mythiques : première partie de la tournée française d’Afrika Bambaataa avec Kool Herc et Grandmaster Flash et Dj pour des titres des Beastie Boys, de Rita Mitsouko et du grand Rufus Thomas. Il assure aussi les premières parties d’artistes célèbres comme Ice-T ou Public Enemy. 


“Je n’ai pas ramené le hip-hop, j’ai pensé ramener ce qui représentait le mouvement à mes yeux. Mais j’ai fait beaucoup pour qu’on se mette à rapper en français, car les mecs voulaient faire les Américains et rappaient en anglais. Il y a bien des choses que j’ai faites et que d’autres n’auraient pas fait, mais je n’ai pas vraiment ramené le hip-hop en France, ça, c’est un truc de journaliste.” confie-t-il le 24 mai 2016, au Blog “Nouveau Casino” lors d'une interview.

Même s'il considère ne pas avoir ramené le hip-hop en France, il est indéniable qu’il y a fortement contribué et qu’il aura laissé son empreinte dans cette culture. 




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